Faible estime de soi : le travail thérapeutique
Une faible estime de soi n’est pas un manque d’assurance passager. C’est une conviction installée à propos de sa propre valeur, souvent formée tôt, souvent tue, et généralement invisible pour l’entourage.
Réussir, et ne pas s’estimer
Il peut sembler paradoxal d’associer faible estime de soi et réussite professionnelle, et pourtant beaucoup de personnes vivent exactement cette contradiction. Elles ont un bon poste, une carrière solide, des relations sociales qui paraissent épanouies. Intérieurement, elles remettent en question chacune de leurs décisions, s’adressent des reproches constants et redoutent d’avoir à donner leur avis, par peur de se tromper.
Cette configuration est l’une des plus fréquentes dans ce cabinet. La réussite a souvent été le moyen même de tenir : lorsqu’on n’est pas certain d’avoir de la valeur, on peut tenter d’en produire la preuve. Un diplôme, une promotion, un chiffre, un corps. La difficulté est que la preuve ne tient jamais longtemps. Elle rassure quelques semaines, puis il faut recommencer, un peu plus haut. Vue de l’extérieur, cette mécanique ressemble à de l’ambition. Vécue de l’intérieur, elle ne ressemble pas du tout à de la confiance.
Les signes d’une faible estime de soi
Le premier obstacle, pour beaucoup, est de ne pas identifier le problème comme tel. Le fonctionnement paraît normal parce qu’il a toujours été là.
Ce qui revient le plus souvent : s’excuser en permanence, y compris pour des choses qui échappent à son contrôle ; ne pas oser prendre un risque même mesuré ; ressentir de la culpabilité et de la honte sans motif clair ; douter continuellement de ses propres choix ; ne pas parvenir à s’affirmer et à tenir une position ; accepter des charges supplémentaires alors qu’on est déjà saturé ; recevoir un compliment comme une erreur d’appréciation de l’autre.
Chez beaucoup, ce fonctionnement finit par déteindre sur l’ensemble de l’existence et par retirer toute possibilité de plaisir simple.
D’où cela vient
Une faible estime de soi se construit rarement à partir d’un événement unique. Elle se dépose.
Le plus souvent, l’environnement précoce a donné le sentiment que l’affection était conditionnelle : on était aimé pour ce que l’on réussissait, ce que l’on représentait ou ce que l’on ne dérangeait pas, plutôt que pour ce que l’on était. S’y ajoutent la critique répétée, la comparaison avec un frère, une sœur ou un idéal familial jamais formulé, et parfois une humiliation précise qui n’a jamais été reprise avec un adulte capable de la remettre à sa place.
L’enfant, dans cette situation, ne conclut pas que l’environnement est injuste. Il conclut quelque chose sur lui-même, parce que c’est la conclusion la moins menaçante lorsqu’on dépend entièrement des personnes concernées. Cette conclusion continue ensuite de fonctionner longtemps après que les circonstances ont disparu, et elle est rarement révisée, faute d’avoir jamais été formulée à voix haute.
Le critique intérieur n’est pas votre voix
Une part importante du travail consiste à examiner la voix intérieure : celle qui commente, anticipe l’échec et prononce le verdict avant tout le monde.
Cette voix est presque toujours empruntée. Elle a un ton, un vocabulaire, parfois un accent. En analyse, il est fréquent qu’une personne reconnaisse, au bout de quelques mois, à qui elle appartenait à l’origine. Ce n’est pas une révélation spectaculaire, mais c’est un déplacement décisif : ce qui était vécu comme un constat objectif sur soi redevient ce qu’il a toujours été, le discours de quelqu’un d’autre, prononcé dans un contexte donné, pour des raisons qui n’avaient pas grand-chose à voir avec l’enfant qui l’écoutait.
Il est utile ici de distinguer la culpabilité et la honte. La culpabilité dit : j’ai fait quelque chose de mauvais. La honte dit : je suis quelque chose de mauvais. La première peut être réparée, la seconde ne le peut pas, puisqu’elle ne porte sur aucun acte. Une faible estime de soi durable est presque toujours organisée autour de la honte, et c’est pourquoi elle résiste aux arguments.
Pourquoi les techniques positives ne suffisent pas
Répéter que l’on a de la valeur ne modifie pas grand-chose lorsqu’une partie de soi n’y croit pas. La phrase est entendue, puis immédiatement contredite intérieurement, et la contradiction est plus ancienne que la phrase.
Cela ne veut pas dire que les habitudes et les exercices ne servent à rien. Tenir un engagement, sortir progressivement de sa zone de confort, remarquer ce qui a été accompli : tout cela a son utilité, et personne n’a besoin d’un thérapeute pour le mettre en place. Mais ces pratiques agissent sur la surface du problème. Elles ne rencontrent pas la conviction qui se trouve en dessous, et c’est cette conviction qui organise le reste.
Ce que la thérapie fait réellement
Le travail est intégratif et d’orientation analytique. Il ne s’agit ni de corriger un discours ni d’apprendre à se présenter autrement, mais de comprendre comment cette conviction s’est formée, ce qu’elle a permis de supporter à l’époque, et ce qu’elle coûte aujourd’hui.
Concrètement : des séances hebdomadaires, à heure fixe, avec le même clinicien. Une relation dans laquelle la manière dont vous vous traitez devient observable en direct, ce qui est souvent l’élément le plus utile du dispositif. L’examen des origines de la voix intérieure. Et, avec le temps, la possibilité de découvrir que ce que vous preniez pour votre nature était une adaptation, intelligente à l’époque, devenue inutilement coûteuse.
Ce travail recoupe fréquemment d’autres difficultés : anxiété, dépression, traumatisme, difficultés relationnelles, ou un rapport au corps et à la nourriture qui porte la même conviction sous une autre forme.
En français, à Londres et en ligne
Le Dr Philippe Jacquet est psychothérapeute enregistré auprès de l’UKCP, analyste jungien et art-thérapeute enregistré auprès du HCPC, avec vingt-cinq ans de pratique clinique. Les séances ont lieu à Fitzrovia (Londres W1T) et à Harley Street (Londres W1), ou en visioconférence sécurisée, en français comme en anglais.
Pour un travail qui touche à la honte et au dialogue intérieur, la langue compte. C’est généralement dans la langue maternelle que les phrases d’origine ont été entendues, et c’est dans cette langue qu’elles se laissent le mieux examiner.
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Questions fréquentes
Quelles sont les causes d’une faible estime de soi ?
Elle se construit rarement à partir d’un événement unique. Le plus souvent, elle vient d’un environnement précoce où l’affection semblait conditionnelle : aimé pour ce que l’on réussissait plutôt que pour ce que l’on était. S’y ajoutent la critique répétée, la comparaison avec un frère, une sœur ou un idéal familial, et parfois une humiliation qui n’a jamais été reprise avec un adulte. L’enfant en tire une conclusion sur lui-même, et cette conclusion continue de fonctionner bien après que les circonstances ont disparu.
Peut-on avoir une belle carrière et une faible estime de soi ?
C’est fréquent, et c’est une grande partie du travail mené dans ce cabinet. La réussite peut être précisément ce qui a permis de tenir : si l’on n’est pas certain d’avoir de la valeur, on peut essayer d’en produire la preuve. Le problème est que la preuve ne tient jamais très longtemps, et qu’il faut recommencer. De l’extérieur, cela ressemble à de l’ambition. De l’intérieur, cela ne ressemble pas du tout à de la confiance.
Est-ce que les affirmations positives fonctionnent ?
Rarement seules. Répéter que l’on a de la valeur ne modifie pas grand-chose lorsqu’une partie de soi n’y croit pas : la phrase est entendue, puis contredite intérieurement. Ce qui change les choses, c’est de comprendre d’où vient la voix qui contredit, à qui elle appartenait à l’origine, et ce qu’elle a servi à protéger. Une fois qu’elle cesse d’être confondue avec la vérité, elle perd beaucoup de son autorité.
Combien de temps ce travail demande-t-il ?
Il n’y a pas de nombre de séances fixé à l’avance, et il serait malhonnête de prétendre le connaître. Une estime de soi fragile s’est construite sur des années et ne se réorganise pas en quelques rendez-vous. Cela dit, beaucoup de personnes remarquent assez tôt un changement dans la manière dont elles se parlent à elles-mêmes. Le travail est revisité ensemble au fil des mois.
Les séances sont-elles possibles en français ?
Oui. Dr Philippe Jacquet reçoit en français et en anglais, à Londres (Fitzrovia W1T et Harley Street W1) et en visioconférence sécurisée où que vous soyez. Pour un travail qui touche à la honte et au dialogue intérieur, la langue maternelle compte : c’est souvent dans cette langue que les phrases d’origine ont été entendues.